- Entre psychologie et data : comment les fake news se propagent sur les réseaux sociaux ? -

Depuis la démocratisation de l’Internet à nos jours, nous avons pu observer une évolution de l’utilisation de cet outil qui a révolutionné notre quotidien. En parallèle, les réseaux sociaux ont vu le jour afin de fluidifier et multiplier les communications entre les individus. Ceux-ci sont désormais des vecteurs d’information : dans la course aux savoirs se mêlent informations véridiques et ce que l’on nomme les fake news (fausses nouvelles en anglais). Chaque technologie connaît ses limites, ses dérives, la diffusion massive de fausses informations étant principalement celle des médias sociaux. Pourtant destinés à partager des connaissances, nous pouvons remarquer une recrudescence de ce phénomène. Il convient alors de se demander quels sont les facteurs de cette désinformation.

Le principal facteur est en premier lieu individuel. C’est-à-dire que la mésinformation et/ou la désinformation sont en partie liées à la responsabilité de chacun à vérifier ses sources. Dans une génération où l’instantanéité gagne du terrain, celle-ci a du mal à être utilisée par tous. Ajoutons à ceci, une grande facilité avec laquelle les informations circulent d’un internaute à l’autre, et vous avez la formule magique du succès de ces fake news. De nombreux sociologues se sont penchés sur les mécanismes qui expliquent ce phénomène et en ont déduit une grande difficulté à informer correctement et donc à stopper la dynamique de contagion sociale.

D’ailleurs, comment fonctionne-t-elle ? La contagion sociale prend largement part dans ce que l’on appelle le biais cognitif de confirmation. Principe selon lequel chaque individu cherche à confirmer sa façon de penser plutôt que de la remettre en cause. Ce mécanisme naturel chez l’être humain pousse donc à continuer à croire à une information malgré la preuve que celle-ci est fausse. De plus, selon une étude de l’OCDE réalisée sur les populations françaises et italiennes, 50% des personnes âgées entre 16 et 65 ans seraient en incapacité à comprendre complètement un texte. On parle alors d’analphabétisme fonctionnel.

 

Mais le rôle individuel n’est pas le seul remis en cause au sein de la viralité : nous observons un manque de contrôle des informations diffusées.  Loin de ramener sur le tapis la notion de censure, il serait pertinent que les médias sociaux prennent à cœur leur rôle éducatif. C’est d’ailleurs en décembre 2016 que Mark Zuckerberg annonçait sa volonté de faire de Facebook une communauté participative, en permettant à tous les utilisateurs de signaler tout contenu à la véracité douteuse.  L’analyse de données a donc toute son importance pour mieux comprendre et cerner les mécanismes de propagation des fausses informations au sein des réseaux sociaux.

En analysant les interactions des internautes entre eux, nous pouvons comprendre l’imbrication et les conséquences de chaque action. Walter Quattrogiocchi, coordinateur du Laboratoire des sciences sociales computationnelles à l’école IMT des hautes études de Lucques, a réalisé une cartographie représentant le réseau des pages italiennes ayant pour sujet principal les théories conspirationnistes. Nous avons alors voulu engager une démarche similaire, plus ciblée sur le territoire français; afin de voir et de comprendre l’impact des pages Facebook sur la diffusion des fake news. Pour ce faire, nous avons sélectionné un corpus de pages françaises présentes sur Facebook, ayant un attrait pour les thèses conspirationnistes et un nombre conséquent de « likes », afin d’obtenir une cartographie la plus complète possible.

 

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Nous pouvons remarquer par le nombre conséquent de liens entre les différentes communautés que ces fake news se diffusent rapidement et en grand nombre. En décortiquant cette cartographie, on peut facilement repérer l’émergence de communautés distinctes :

- La communauté marron, liée aux idéaux révolutionnaires, mais également soutenue par un média indépendant et collaboratif : Wikileaks.

- La communauté verte est quant à elle basée sur une motivation de défense de causes et intérêts divers. Dans la balance de l’influence, elle pèse plus lourd que la communauté marron du fait de nombreux soutiens de médias tels que Médiapart, Alternatives économiques, Amnesty International. Ces médias prennent part aux sujets sociétaux tels que l’économie et la défense des droits de l’homme.

- Une communauté à visée de protection de la nature, représentée par la couleur violette, a une réputation consolidée par l’interaction de groupes tels que Pierre Rabhi, Mouvement colibri et Greenpeace International.   

- Une communauté altermondialiste en bleu, soutenue par l’interaction de Mr Mondialisation, un média se faisant le relais d’information sur les thèmes sociétaux, mais aussi ouverts au débat.  

Les communautés marron, vert, violet et bleu sont celles qui ont le plus d’interactions entre elles et qui sont par conséquent les plus liées. De plus, on remarque la présence de deux communautés supplémentaires :

 

- La communauté orange présente quant à elle, des groupes proposant une alternative aux partis politiques, souvent répartis par rapport à une identité régionale.

- La couleur rouge représente une communauté contre la déforestation et les conséquences de celle-ci, afin de légitimer leur présence.  

Les échanges entre ces différentes communautés restent cependant limités entre ces groupes: ce sont des groupes moins enclins à diffuser des fake news.

 

Facebook semble être une plateforme de relais massif d’informations fausses : on peut l’apercevoir, car les diverses communautés sont extrêmement liées entre elles. Chaque page de ce réseau social pioche une information sur une autre page, qui elle, relaiera cette même information sur sa page; et ainsi de suite. La diffusion est sans fin, ce qui créer cet aspect compact dans la cartographie. Le manque de contrôle concernant les informations partagées est probablement à l’origine de ce nuage de liens.

 

De plus, quelques médias sont présents au sein des interactions entre ces pages : pourtant, légitime par leur ancienneté et également la présence de journalistes influents, il n’est pas impossible qu’ils puissent diffuser des informations qui seront, a fortiori de partage entre les internautes, déformées afin de servir une cause de désinformation. Ces médias comme Médiapart, Le monde diplomatique ou encore Amnesty International représentent une force d’audience. Cela implique donc l’augmentation des internautes touchés par les informations diffusées et donc la probabilité d’émergence de futures fake-news.

 

Pour conclure, nous pouvons retenir que les fake news sont de plus en plus nombreuses par un effet de contagion sociale largement présent sur les réseaux sociaux. Aidée par le phénomène de l’instantanéité et du biais cognitif de confirmation, leur diffusion n’a pas de limite. Cependant, dans un souci du respect de la liberté d’expression, les réseaux sociaux ne souhaitent pas mettre en place un contrôle plus poussé des informations qui circulent à travers eux. Il est donc essentiel de ne pas être un simple consommateur d’information, ni de faire une course aux savoirs, mais plutôt de vérifier ses sources en restant le plus objectif possible.